Fair Play Financier : La dictature de l’urgence



Il ne s’agit évidemment pas de cautionner les comportements économiques de Manchester City ou du Paris Saint-Germain, qui contribuent plus que d’autres au gonflement de la bulle spéculative liée aux transferts. Néanmoins, les décisions qui viennent d’être rendues dans le cadre du Fair Play Financier (FPF) peuvent interroger.


En effet, qu’il s’agisse du timing ou de la dureté des sanctions l’UEFA, à travers l’Instance de Contrôle Financier des Clubs (ICFC), n’y est pas allée de main morte. Malgré tout, on peut se demander pourquoi seulement 9 clubs (pour la plupart de moindre envergure) ont été épinglés alors que de nombreuses autres écuries européennes ne respectaient pas « les critères de convergence »que les clubs ont accepté de mettre en place.


Mis en place en 2011, le FPF voulu par le président de l’UEFA Michel Platini,  n’était pas inconnu des nouveaux riches que sont le PSG ou Manchester City, dans la mesure où leurs propriétaires respectifs les ont acquis avant l’entrée en vigueur du dispositif. On peut donc considérer comme spécieux voire vexatoire l’argument utilisé selon lequel il serait utilisé pour protéger certains grands clubs, alors que des institutions comme le Milan, la Juventus de Turin, le Borussia Dortmund, ou en France l’Olympique Lyonnais et l’Olympique de Marseille font de gros efforts pour ne pas se faire prendre par l’ICFC.


Revenons au fond du problème. Quelles sont les règles du FPF ? Les clubs ne doivent pas vivre au-dessus de leurs moyens. L’UEFA a quand même laissé un peu de temps aux clubs pour se mettre en conformité avec les règles des FPF, en autorisant une perte d’exploitation plafonnée à 45 millions d’euros, pour les saisons 2013/2014 et 2014/2015  (30 millions pour les deux suivantes). Le processus d’assainissement est donc progressif.

Il convient toutefois de rappeler que le déficit des clubs s’est réduit en 2013 après des années de hausse discontinue, même s’il est encore de 1,1 milliard d’euros et que 55% des clubs européens déclarent toujours des pertes nettes, alors que  dans le même temps, des clubs comme Manchester United ou le Real Madrid continuent de faire des profits.


Le cas du PSG est autrement plus complexe. Dans sa note, l’ICFC explique que le contrat de partenariat que le club de la capitale a signé avec l’Office du Tourisme du Qatar (QTA) a été largement surévalué ce qui gonfle les revenus du club, dans la mesure où le même contrat a été signé avec Manchester City pour un montant plus de 10 fois inférieur. Le contrat a donc été diminué, passant de 200 millions d’euros à 100 millions annuels, tout en rappelant qu’elle valide le caractère novateur de « contrat d’image. »


Dans ce cadre, la perte annuelle du club a explosé, d’où la sanction dont on peut discuter la proportion par rapport aux faits reprochés. Surtout que les clubs sanctionnés (Man City, PSG, Zénith St-Petersbourg ou Anzhi Makhatchkala) n’ont pas de difficultés de paiement eu égard à leurs richissimes propriétaires, et ont des dettes quasiment équivalentes à 0.

Tout ça pour expliquer que, même si le FPF est important dans la mesure où il permet d’adopter un comportement vertueux, il ne s’attaque pas au premier problème structurel des clubs européens : la dette. On l’oublie sans doute, mais les difficultés budgétaires des clubs proviennent à l’origine d’un excès d’endettement. Cette dette est responsable de la hausse exponentielle des salaires consécutive à une hausse des montants de transferts.

L’UEFA en voulant aller trop vite a pris des décisions rapides, sans tenir de la situation spécifique de chaque club, comme le montant des dettes des clubs anglais et espagnols qui expliquent à elles seules plus de la moitié de la dette totale des 732 clubs européens de première division !


Car même si les clubs diminuent leurs dépenses et/ou augmentent leurs recettes, le fait que le système comptable en vigueur autorise les clubs à valoriser les contrats des joueurs dans leur bilan ne freinera pas l’endettement voire l’amplifiera, le Bayern Munich et Arsenal étant des exceptions. On risque de continuer à assister à ce que Michel Platini voulait arrêter : les compétitions sportives à deux vitesses.

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