Pour sortir de la crise, l’Europe doit miser sur la croissance, pas sur l’austérité

Depuis 30 ans, la grande majorité des États, pas seulement européens, vivent au-dessus de leurs moyens. En Occident, l’endettement des États atteint des niveaux stratosphériques. En effet, aux États-Unis, l’endettement public atteint 105% du PIB et au Japon la dette s’élève même à plus de 225% de la production nationale ! En Europe, plus particulièrement dans la zone euro, la dette publique moyenne s’élève à plus de 85% du PIB.

Cure d’austérité : asphyxie plutôt que guérison

Les États européens ont donc décidé de prendre des mesures qui vont dans le sens des marchés, à savoir une cure d’austérité pour assainir les finances de ces États, notamment la Grèce, dont la population est asphyxiée par les plans de rigueur qui se succèdent, sans pour autant la guérir. Avant de soigner le malade, on préfère lui administrer un régime drastique, quitte à le tuer. C’est cette recette que les États de la zone euro ont adoptée, France et Allemagne en tête.

Des interrogations subsistent néanmoins. Effectivement, la Grèce, qui est le cobaye des méthodes bruxelloises, sous la coupe de la « Troïka » (FMI, BCE, Commission européenne), a subi neuf plans de rigueur différents, mais les indicateurs économiques du pays restent dangereusement dans le rouge.

Quand on analyse les différentes conférences de presse que le président français et la chancelière allemande ont données ces derniers mois, on comprend qu’il n’existe pas d’autre alternative ou dans unlangage thatchérien, « TINA », soit « There Is No Alternative ».

Pourtant, selon de nombreux économiste et non des moindres, comme Daniel Cohen ou Thomas Piketty, l’austérité seule ne résoudra pas la crise : pire, elle l’amplifiera. De plus, le PSE, le Parti socialiste européen, a publié un manifeste dans lequel il explique que l’austérité est suicidaire si la croissance n’est pas au rendez-vous et fait des propositions pour aider à la faire revenir.

Purge budgétaire et turbulences politiques

Depuis le début de la campagne présidentielle, François Hollande explique à longueur d’ondes que, s’il est élu, il renégociera le traité mis en place par la France et l’Allemagne, qui ne sera pas ratifié avant l’élection présidentielle. D’aucuns expliquent que le candidat socialiste est trop optimiste et qu’il ne pourra réussir là où Nicolas Sarkozy a échoué.

Sans remettre en cause les capacités de négociations du président sortant, il faudra bien que le nouveau président, quel qu’il soit, y parvienne. Comme le rappelle Daniel Cohen, la purge budgétaire qui a eu lieu en Allemagne au début des années 1930 est responsable de l’arrivée au pouvoir du NSDAP, le parti d’Adolf Hitler.

L’assainissement des finances est nécessaire. Pour cela, il faut d’abord que les gouvernements arrêtent de vivre au-dessus de leur moyen. Toutefois, si la croissance n’est pas au rendez-vous, les comptes publics resteront dans le rouge et les peuples, étouffés par la rigueur, n’auront plus aucune raison de résister aux extrêmes.

Dans son nouvel ouvrage, l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton, estime que les peuples sont aujourd’hui en train de subir 30 années d’idéologie libérale selon laquelle l’État n’a pas à s’immiscer dans les affaires économiques, puisque, suivant la doctrine reaganienne, « l’État est le problème ». Comme l’a souligné Michel Rocard, le fait de vivre dans une société orientée vers l’argent renforce la crise ; la droite mentirait donc en expliquant qu’en travaillant plus la croissance redémarrera. Michel Rocard préconise ainsi une société orientée autour du temps libre, où l’argent n’aurait qu’un rôle secondaire.

Au-delà du rêve d’une société non pécuniaire, il faudrait que nos gouvernants pensent à long terme, en donnant un cap et une direction, sans quoi l’Europe risque d’entrer dans une période de turbulence beaucoup plus longue.

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