Le méchant du gouvernement



Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls n’en finit plus de faire l’actualité. Le plus populaire -jusqu’à récemment- des membres du gouvernement n’en finit plus de tenir le haut de l’affiche médiatique. De « l’affaire Dieudionné » en passant par la « Manif pour tous », Manuel Valls est malgré son agitation, l’un des hommes politiques dont l’action est la plus appréciée.

Qui se cache vraiment derrière le premier flic de France ? Est-il vraiment un « sous-Sarkozy » ? N’est-il qu’une construction médiatique comme on semble le penser dans les rangs de la droite ?

Dans tous les cas de figure, l’ancien maire d’Evry ne laisse personne indifférent. D’aucuns lui prête une ambition démesurée qui se cacherait derrière le sérieux de son ministère. Mais le parcours politique de Manuel Valls est en réalité cohérent avec ce dont il a toujours cru.

Entré au Parti Socialiste dans les années 80 pour soutenir Michel Rocard, il s’est positionné à droite du PS et il parvient à se construire médiatiquement en se mettant dans le sillage de Ségolène Royal, à la suite de la candidature à la présidentielle 2007 de la présidente de la région Poitou-Charente. Assumant un positionnement social-libéral, il se définit volontiers comme « blairiste » et « clintonien ». Il s’est longtemps retrouvé marginalisé au sein du PS, se retrouvant en 2009 confronté à une démission du parti par la première secrétaire de l’époque Martine Aubry.

La révélation intervient en 2011 lorsqu’il décide de se présenter aux primaires socialistes pour la présidentielle de 2012. Un pacte avec François Hollande lui permet de se retrouver dans le sillage du candidat victorieux des primaires tout au long de la campagne, ce qui fera enrager les hollandistes de longue date comme Stéphane Le Foll, François Rebsamen ou Michel Sapin.

Nommé Place Beauvau suite à l’élection de François Hollande en 2012, il essaye de marquer de son empreinte son passage à l’Intérieur. Il devient rapidement populaire aux yeux des Français pour son message de fermeté sur les questions de sécurité bien que la réalité de son bilan soit peu flatteuse, notamment sur la question des cambriolages.

Le début de l’année 2014 est un peu plus compliqué pour Manuel Valls. En effet, depuis qu’il a, à nouveau, décidé de faire l’actualité en prenant la tête des poursuites concernant Dieudonné et son spectacle désormais célèbre « Le Mur. » Toujours prompt à saisir les sujets qui traînent, le Catalan d’origine s’est substitué à la Garde des Sceaux pour l’interdiction des spectacles de l’humoriste, en insistant sur sa posture de fermeté.

Encore une fois, dans le cadre de la loi « Famille », qui devait être débattue cette année avant que le gouvernement ne recule, il affirme, se prenant pour le Premier ministre,  que l’exécutif ne soutiendra aucun des amendements concernant la GPA et la PMA, avant qu’une annonce officielle ne se fasse sur la question –en sachant que ni l’une ni l’autre n’étaient prévues dans la loi. Des indiscrétions font état d’un agacement sur les bancs du gouvernement face à cet accaparement médiatique du ministre de l’Intérieur.

Certains diront que les Français ont compris que Valls ne serait qu’une construction médiatique, qu’il ne croit en rien et qu’il ne pense qu’à la présidentielle. En effet, les sondages depuis le début de l’année témoignent d’une chute pour le premier flic de France, environ 10% de moyenne selon les instituts.  Des éditorialistes tel Franz-Olivier Giesbert, voient déjà Manuel Valls candidat à la présidentielle de 2017, en comparant son ascension avec celle de Nicolas Sarkozy entre 2002 et 2007. Au-delà de la nécessaire prise de distance avec les comparaisons simplistes –les mêmes causes ne produisant pas nécessairement les même effets- il faudrait également se soucier du timing de son éventuelle candidature.

En 2002, Nicolas Sarkozy était directement concerné par l’élection suivante, car il était quasiment certain que Jacques Chirac ne se présenterait pas de nouveau en 2007. La situation de Manuel Valls est autrement différente. François Hollande vient d’entamer son premier mandat, et hors accident, il y a fort à parier qu’il briguera un nouveau mandat dans 3 ans, lui qui est de toute façon le candidat naturel de son camp pour la présidentielle.  Dans ce cadre, Manuel Valls prend le risque d’occuper l’espace médiatique pour pas grand-chose.

En conséquence, il devrait plutôt se rabattre sur un objectif, beaucoup plus réalisable à court terme : prendre la tête du PS. Car il a sans doute un peu de mémoire politique ; depuis le début de la Vème république, tous ceux, sans exception, qui sont parvenus à entrer à l’Elysée, ont à un moment où un autre, été chef de parti. C’est un passage obligé. Sans la maîtrise, au moins en partie, de l’appareil socialiste, il ne pourra pas espérer gagner l’élection présidentielle un jour. Ségolène Royal, par exemple, l’a appris à ses dépens.

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