Le Front National est bien d’extrême-droite, qu’il me poursuive en justice !

Depuis près d’une semaine le Front National de Marine Le Pen mène une campagne pour essayer de prouver que son parti n’est pas issu de l’extrême-droite. On voit l’exercice sémantique qui est pratiqué : montrer que le FN est un parti comme les autres. En clair, « nous sommes comme tout le monde, nous voyons simplement les choses différemment. »

Avec l’arrivée de Marine Le Pen, le Front National a largement changé, au mois en façade. Il est clair que l’image d’une femme, relativement jeune, diffère radicalement de celle d’un homme, vieux, aigri, violent et ouvertement raciste.

Mais concernant l’essence même de ce parti, il ne fait absolument aucun doute qu’il est à situer à l’extrême-droit de l’échiquier politique français. Et pour cause…

Tout d’abord l’antisémitisme n’est plus à la mode : l’ennemi intérieur tant décrié par les anciens dirigeants du Front National – qui étaient pour la plupart issus de mouvements extrémistes tels qu’Occident ou l’OAS– est changé en musulman. Au Panthéon des ennemis de la Nation, la figure de l’Arabe fait office de repoussoir.

Les anciens dirigeants du Front National de Jean-Marie Le Pen, qui faisaient partie d’une génération issue de la collaboration ou des Waffen-SS (comme Pierre Bousquet ou Léon Gautier), avaient selon eux, une revanche à prendre sur l’Histoire. Ce passé-là ne fait pas du tout partie du logiciel des proches de Marine Le Pen. Cela leur est d’ailleurs plutôt égal.

En outre, le Front National longtemps libéral, s’est aujourd’hui doté d’un programme économique étatiste, aux relents parfois anticapitalistes. Mais l’extrême-droite change, elle évolue : elle est même plurielle, elle l’a toujours été, et ce depuis 1789. Depuis plus de 200 ans, elle a navigué entre la violence ou les urnes, entre se revendiquer monarchiste ou populiste, putschiste ou légaliste. Le Front National lui-même a évolué depuis 41 ans, encore plus depuis la prise de pouvoir de Marine le Pen. Dans tous les cas de figure, le FN reste le même pour au moins une raison : sa conception de l’identité.

Selon les idéologues du parti lepéniste, l’identité française serait ainsi figée, et n’aurait pas, comme l’ensemble des nations occidentales, changé de nature, au moins sur la diversité ethnique de sa nation. Elle ne reconnaît à la France que l’image d’un « Franc » qui serait le même depuis le baptême de Clovis. En clair, un Blanc, catholique et traditionaliste.

Dans son projet, le FN met en concurrence deux catégories de français : de « souche », ceux d’ascendance gauloise, de « papier », ceux qui sont nés en France de parents étrangers. Cette vision maurassienne de la société, en revient à proposer un projet basé sur la préférence nationale, rebaptisée récemment « priorité nationale ».

Cette idéologie discriminante, vise à réserver aides sociales, et avantages en tous genres aux seuls français, de préférence de souche, la possibilité étant gardée de déchoir les français « de papier » de leur nationalité en rétablissant peu à peu le droit du sang. Cette conception raciste et discriminatoire de la société est sans aucun rapport avec les idéaux universalistes de la République Française.

En clair, le parti de Marine Le Pen est d’extrême-droite pour son discours, son projet, mais également dans sa façon de concevoir la France.

Le classement à l’extrême-droite du Front National consiste donc à une simple localisation « géographique » par rapport aux autres partis de droite français.

Il existe en France la droite libérale et bonapartiste, plutôt incarnée par Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy, n’est pas figée sur le plan moral, mais conçoit la société réformiste et libérale sur le plan économique, en proposant régulièrement des baisses d’impôts et une plus grande liberté pour les entreprises : Jacques Chirac s’y essayé entre 1986 et 1988 dans son second mandat de Premier Ministre. Elle est en outre particulièrement atlantiste à l’international. Elle est demandeuse d’un leadership fort à la tête de l’Etat.

Nous avons la droite gaulliste, symbolisée par Alain Juppé et Dominique de Villepin, qui préconise un Etat fort et stratège pour asseoir la souveraineté et l’indépendance de la France dans le monde. Elle s’oppose régulièrement ainsi à l’alignement sur les Etats-Unis.

La droite centriste, ou orléaniste, qui connu son heure de gloire avec Valéry Giscard-d’Estaing comme président de la République, est aujourd’hui représentée par François Bayrou. Plutôt conservatrice sur le plan des valeurs, elle est libérale en économie. Elle a généralement des rapports assez proches avec l’aristocratie et la bourgeoisie, dont ses dirigeants sont souvent issus.


Marine Le Pen peut-elle prétendre faire partie de ces familles de la droite républicaine ? Evidemment, non. Bien que ce parti soit un repoussoir pour la gauche, force est de constater que notre analyse est partagée par les Français : 64% d’entre eux pensent que le FN est un bien un parti d’extrême-droite.

Au-delà de l’animosité que ce parti peut m’inspirer, cette tribune résulte d’abord d’une analyse du parti fondée par Jean-Marie Le Pen, qui en d’ailleurs toujours le président d’honneur.

Ce n’est sans doute pas un hasard si toutes les extrêmes-droites européennes refusent cet épithète, eux qui sont tous les amis politiques du FN au Parlement Européen, et qui appartiennent au groupe des non-inscrits.

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