Le crépuscule du père de la Nation arc-en-ciel

Cette tribune est publiée à contretemps. C’est un choix délibéré, pour ne pas céder à l’émotion, à l’annonce du décès de Nelson Mandela, après plus de dix jours de commémorations, tantôt festives, tantôt émouvantes.

Nelson Rohihlahla Mandela, est né en 1918 dans une Afrique du Sud où le racisme d’Etat fait rage depuis la fin de la seconde guerre des Boers en 1902. Ce jeune boxeur et avocat, défenseur de la cause des minorités entre en politique, à l’ANC (African National Congress), en 1944 suite à la succession de crimes racistes perpétrés par la police politique de l’Etat Sud-Africain.

« Madiba » – son nom tribal – devient rapidement le leader charismatique de cette organisation politique qu’est l’ANC qui deviendra interdite en 1960, suite au durcissement de la répression menée sur la population Noire, qui est pourtant largement majoritaire en Afrique du Sud. Son objectif direct est de lutter contre la domination blanche en Afrique du Sud et la politique de ségrégation raciale de plus en plus répressive menée par le gouvernement blanc de Pretoria.

Mais en 1961, suite à de nombreux meurtres commis sur des civils par la police, il décide de créer la branche armée de l’ANC « Umkhonto We Sizwe » signifiant « le fer de lance de la Nation ».

Il se fait arrêter en 1962, et condamné à la prison à perpétuité pendant le célèbre procès de Rivonia, en 1964. Durant ce procès, il profitera de la tribune qui lui ait offerte pour faire passer son message et prononcera un célèbre discours qui se cloturera par ces mots d’une puissance inouïe : « Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir » 

Car Mandela, c’est avant tout une conviction, une histoire. Comme tous les grands socialistes, il sera toujours en avant sur ses contemporains concernant la lutte pour l’égalité des droits et DU droit. Faire des discours c’est bien ; agir est encore mieux.  Pour prouver que ses paroles étaient en accord avec ses actes, il est resté en prison 27 années d’affilée – dont 18 ans dans l’enfer de Robben Island, en refusant à plusieurs reprises d’être libéré, pour ne pas renoncer à ce en quoi il croyait.

Sorti de détention en février 1990 sur décision du dernier président Sud-Africain de l’apartheid Fredrik de Clerk, il deviendra en 1994, le premier président noir de la République d’Afrique du Sud après les premières élections libres et non-raciales de l’histoire de cette Nation.

Après un seul et unique mandat dont le bilan sera jugé par certains de ses camarades de l’ANC comme trop timoré, notamment en raison du « pardon » accordé à l’ancien pouvoir Blanc, le leader incontestable de la Nation arc-en-ciel fut un homme profondément attaché à son idéal d’égalité. C’est d’ailleurs une des raisons de sa séparation d’avec la femme de sa vie, Winnie Mandela, beaucoup plus radicalisée que lui, qui fut également passée par la case prison. Madiba ne reconnaîtra plus la femme qu’il a épousée en 1952.

En définitive, tant de choses restent encore à éclaircir concernant des disparitions et des décès de personnages politiques au sein du mouvement anti-apartheid.

C’est en cela – et dans ce qu’il a réalisé en tant qu’individu complexe et humain, et parfois foncièrement imparfait – que Mandela est un exemple pour les hommes politiques. Il adorait plaisanter sur sa mort en disant, dans un grand éclat de rire, que la première chose qu’il ferait en arrivant au paradis – il était sûr et certain d’y avoir sa place – ce serait de prendre sa carte au bureau de l’ANC local.

C’était sa manière à lui de dire qu’il était avant tout un politicien pragmatique, pas un saint. Souvenez-vous donc de Mandela dans toute sa chaleur, sa puissance et son humanité. Pas comme d’une entité surnaturelle et éthérée.

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