Laissons les musulmans tranquilles !

Que les choses soient mises au clair dès le départ : l’auteur de ces lignes n’est pas musulman et n’aspire pas à l’être dans le futur. Les raisons de cette tribune sont multiples. Mais la première d’entre elle est le ras-le-bol d’un républicain face à la stigmatisation permanente d’une partie de la population française.

Depuis plusieurs années, les déclarations anti-musulmanes par des responsables politiques sont de plus en plus fréquentes. Nicolas Sarkozy a même été jusqu’à en faire un argument de la présidentielle de 2012 en les ciblant directement dans son clip de campagne.

En cet été 2013, avec les violences de Trappes, le débat s’est inexorablement tourné vers la question religieuse, alors que les émeutes traduisent surtout un malaise social profond. Le mois du ramadan touchant à sa fin, un autre évènement va continuer à mettre les musulmans sur le devant de la scène à « l’insu de leur plein gré ».

En effet, un rapport de la Mission Laïcité du Haut Conseil à l’Intégration préconise l’interdiction du port du voile dans les universités, en écho à la loi de 2004 qui a interdit les signes religieux dans les écoles du primaire et du secondaire. Mais contrairement à la loi de 2004, les musulmanes portant le voile sont des personnes majeures qui ont, en principe, la maîtrise de leur pensée. Prendre donc comme parallèle la loi de 2004 est donc quelque peu hypocrite, et n’aurait comme résultat immédiat qu’une stigmatisation supplémentaire.

Depuis près de vingt ans, on a l’impression que les musulmans sont responsables de tout ce qui va de travers dans notre pays. Le Front National en a fait un des ces arguments favoris alors qu’une partie de l’UMP, par l’intermédiaire de son président Jean-François Copé, est actuellement dans la même mouvance (cf. pain au chocolat).

Depuis la chute de l’Union Soviétique, pour maintenir une sorte de climat anxiogène et pour justifier certaines décisions, les Occidentaux ont dû se trouver un ennemi commun. Il a été rapidement trouvé : l’islam, matérialisé par Oussama Ben Laden et Saddam Hussein. Les attentats du 11 septembre 2001, n’ont fait qu’aggraver les choses.

En France, le problème est différent. On compte entre 3 et 6 millions de musulmans dont la quasi-totalité est née sur le territoire national. Cette proportion non négligeable de la population donc, est stigmatisée par une partie de la classe politique de droite qui l’accuse à mots à peine couverts d’une grande partie des maux de la France.

Pour autant, l’immense majorité des musulmans de France n’aspirent qu’à une seule chose : vivre son culte sans faire de bruit. Mais lorsque même des journalistes s’y mettent, comme Laurent Delahousse (cf. la question imbécile sur l’islamisme radical posée au président de la République le 14 juillet), il doit être assez compliqué pour eux de ne pas faire l’actualité.

Les leaders de droite (ainsi que le FN, of course) ont l’habitude depuis longtemps d’instrumentaliser l’immigration à des fins électoralistes en faisant croire à d’aucuns qu’elle coûterait cher aux finances publiques. Non seulement l’immigration est bonne voire vitale, pour les finances publiques (solde positif de 12 milliards d’euros, en 2011), mais les « immigrés » visés par Marine Le Pen et consorts sont des français nés en France. Leur problème ? Etre de religion musulmane.

Pourtant, la question de l’immigration quand elle n’est pas politisée et instrumentalisée, peut aboutir à des débats de fond ainsi qu’à des conclusions sérieuses. Dans son ouvrage Le destin des immigrés, le chercheur « super polyvalent » Emmanuel Todd, explique que les étrangers appelés pour la reconstruction de la France dans les années 60, ont été entassés dans des cités dortoirs appelées à cette ’époque « villes nouvelles. » Personne dans les instances de l’Etat, n’avait imaginé à ce moment qu’ils s’établiraient ici de manière définitive en faisant des enfants, qui eux-mêmes ont fait des enfants.

Cette immigration étant majoritairement issue du Maghreb et de l’Afrique Subsaharienne, il était quasiment certain que cela influerait sur le nombre de musulmans présents en France. En outre, dans Le mystère français, Emmanuel Todd, encore lui, et son collègue Hervé Le Bras, nous expliquent que là où il y a une agglomération trop importante de personnes, la violence est en recrudescence, à cause d’une trop grande concentration de problèmes sociaux. Les Zones Urbaines Sensibles (ZUS), étant remplies de quartiers où des familles sont entassées dans des tours. Les violences suivent donc…

Dans ce cadre, l’islam n’a pas grand-chose à voir avec les violences urbaines de ces dernières années, comme essaient de nous le faire croire certaines éminences politiques et médiatiques. C’est donc en connaissance de cause que lors d’un déplacement en Tunisie, le président François Hollande dira que « l’islam est compatible avec la démocratie. »


On peut reprocher beaucoup de choses aux religions dans leur ensemble, mais la laïcité de la France ne doit pas se transformer en guerre contre les musulmans. Ce qui serait un comble, au regard du fait que l’écrasante majorité d’entre eux sont… Français !

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