L’Ethique de Responsabilité

Avec la déculottée subie par le PS aux municipales, François Hollande a dû se résigner à faire ce qu’il n’aurait pas souhaité. A savoir limoger Jean-Marc Ayrault pour nommer Manuel Valls à Matignon. L’anniversaire de son élection de Hollande a été marqué par une interview, beaucoup commentée sur RMC face à Jean-Jacques Bourdin. C’était sa première intervention médiatique depuis sa prestation –réussie – lors de la conférence de presse du 14 janvier. Il a pu se confronter pour la première fois à des auditeurs en n’esquivant aucune question. A la suite de cet entretien, le mot d’ordre doit donc être « Au travail ! »

Depuis la nomination de Manuel Valls, ce dernier est sur tous les fronts. Son objectif est simple : faire appliquer le pacte de responsabilité proposé par le Président au début de l’année, et devenir le bouclier du locataire de l’Elysée. C’est lui qui doit s’exposer et prendre les coups à sa place, ce que n’avait pas su faire Jean-Marc Ayrault. De cette façon, il pourra prendre de la hauteur et « partir à la rencontre des Français » comme son équipe se plaît à le répéter.

Et il va en avoir besoin. Le Parti Socialiste qui a un nouveau Premier secrétaire en la personne de Jean- Christophe Cambadélis, est dans une situation de crise identitaire, suite à cette défaite historique aux municipales. Cette claque a été le début d’une fronde parlementaire inédite : le plan de d’économies de 50 milliards du pacte de stabilité qui sera présenté à Bruxelles en fin de semaine a certes été adopté, mais il y a eu 41 abstentions issues des rangs socialistes. Avec ces défections, ce plan n’a été adopté qu’avec une majorité relative, comme Michel Rocard en son temps.

Cet épisode qui va marquer le début du couple exécutif Hollande/Valls, témoigne aussi d’une chose. Quand il était dans l’opposition, le Parti Socialiste n’a pas su travailler sur les idées et sur un réel projet politique. La gauche française, qui traditionnellement manque de culture de gouvernement, ne semble donc pas comprendre l’ampleur de la tâche qui lui a été confiée.

Il ne s’agit pas de se renier, mais de faire face à ses responsabilités. Le plan d’économies présenté est incomplet, et ne suffira probablement pas : il n’y a pas de réformes structurelles, exceptée la réforme territoriale. Le gel des prestations sociales étant une facilité à laquelle les gouvernements aiment recourir, Pierre Mauroy, Alain Juppé et François Fillon l’ont fait à leur époque.

En se comportant comme des enfants gâtés, les députés récalcitrants ont montré une seule image aux Français : ils ne savent pas ou ne veulent pas gouverner. Ce n’est pas une question de conviction, encore une fois. Mais de responsabilité. La fameuse « éthique de responsabilité » de Max Weber, issue de son essai Le Savant et le Politique. En clair, comprendre et faire comprendre que nos actes ont des conséquences et qu’il faut réfléchir avant d’agir. Faire preuve de responsabilité, c’est se dire que même si nous avons des convictions, nous devons regarder au-delà. Ce n’est pas du reniement. Et ça, la gauche a toujours eu du mal à le comprendre.

Car au final,  les Français ne voient qu’une seule chose : un gouvernement et une majorité qui ne savent pas où ils vont ni ce qu’ils font. Ils penseront alors qu’il vaut mieux donner les clés du pouvoir à des gens décidés même si la potion est plus amère.

L’image que donnent les 41 députés abstentionnistes est un désastre. Et c’est ce qu’on va retenir à la fin. Il ne s’agit pas d’être gestionnaire. Il s’agit d’être responsable en se disant qu’on va réussir et que nos efforts seront récompensés. Si toute la majorité tenait ce discours, les Français en seraient peut-être convaincus également. Beaucoup de choses ont été faites, c’est vrai.

On peut le voir en allant faire un tour dans certaines associations, dans certains quartiers, où certains ont eu la chance de trouver quelqu’un à qui parler en ayant un emploi d’avenir, ou la PME du coin qui a besoin de financement et qui trouve rapidement un interlocuteur grâce à la BPI (il y avait avant 480 dispositifs de financement différents !), les profs recrutés, le plafonnement des dépassements d’honoraires, la suppression du droit d’entrée pour l’aide médical d’état pour les étrangers… Ce n’est pas la panacée mais il faut, encore une fois, faire preuve de responsabilité. Il ne s’agit pas d’être libéral ou keynésien.


Mais le Président de la République a également sa part de responsabilité : comment expliquer que Manuel Valls et lui parlent exactement le même langage, mais qu’il y ait un écart de plus de quarante points entre eux dans les sondages, et ce, sans raisons objectives ?

Tout simplement parce que mis à part sur l’international, François Hollande n’a pas encore su incarner sa fonction. A l’extérieur, il ose tout, décide et tranche vite. Il voulait sanctionner par des frappes aériennes les bombardements chimiques faits par le régime syrien, et n’a dû y renoncer que lâché par Cameron et Obama. Au point que les diplomates américains l’ont affublé du surnom « Le Tigre ». Sur la politique nationale, à l’inverse, il parait hésitant et changeant alors qu’il connaît le contexte politique français depuis plus de trente ans.

La réponse est simple : le Président se croit prisonnier. Prisonnier de ses alliances (avec les Verts surtout), prisonnier de sa majorité, et prisonnier de l’opinion. Tantôt il intervient trop, à la Sarkozy, tantôt se replie, à la Chirac. Les Français n’y comprennent plus rien. La Constitution lui confère pourtant plus de pouvoir qu’aucun autre chef d’Etat occidental. Il doit donc faire comprendre aux Français qu’il est le seul et unique chef de la gauche française. François Hollande n’a jamais été aimé le leadership vertical. Mais en ces temps de désamour profond avec les Français, il doit montrer qu’il tient bon la barre.

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