John F. Kennedy, la courte vie d’un Américain sans reproche

C’est l’histoire d’un homme qui ne devait pas devenir président. Un homme, malade, obsédé sexuel, et complètement accroc aux médicaments. C’est l’histoire d’un homme malade physiquement et mentalement qui a dirigé la première puissance mondiale pendant 1034 jours. Ce longiligne personnage, frappé en plein cœur à l’âge de 46 ans.

Qu’on se le dise dès à présent, John F. Kennedy n’est pas celui qu’on voudrait faire croire. L’image de l’homme charismatique, mince et beau, intelligent et vif, éclipsait largement la part d’ombre du plus populaire président que les Etats-Unis n’aient jamais eu. A 43 ans, plus jeune président élu –Theodore Roosevelt entra en fonction plus jeune mais en assumant un intérim – il est également le seul et unique président américain de confession catholique.

Malheureusement pour les historiens, son assassinat a largement éclipsé les avancées et les projets de sa présidence. On a oublié ses efforts de détente avec l’URSS. Sa présidence avait pourtant commencée de manière catastrophique avec la baie des Cochons et la fameuse opération de Playa Giron, et on oublie parfois son côté adultérin et obsédé par les femmes. Mais comment un homme malade, et aussi dilettante a pu devenir, si jeune, le chef d’état le plus puissant du monde ?

John Fitzgerald « Jack » Kennedy, est né dans le Massachusetts, en 1917, au sein de la grande bourgeoisie irlandaise. Son père Joe, fils d’un immigré irlandais, avait pour but de se présenter un jour à l’élection présidentielle. Mais son passage à Londres comme ambassadeur durant le mandat de Franklin Roosevelt a brisé son ambition suite à ses recommandations prônant une politique d’apeasement avec Adolf Hitler.

L’aîné de Jack, Joe Jr, était directement pressenti par le patriarche pour prendre la succession de la dynastique politique des Kennedy. Mais la Seconde Guerre Mondiale, frappa la richissime famille. Joe Jr sera abattu en Europe, alors que Jack, lui aussi engagé dans la Navy, réussira à survivre en sauvant deux de ses camarades, ce qui lui vaudra la Purple Heart, prestigieuse décoration militaire américaine.

A partir de cet exploit, son père fabriquera littéralement, la carrière de Jack, ce fils qui ne devait pas être président.

Au retour de la guerre, le jeune et frêle bostonien décide d’entamer une carrière politique. Il se faire élire représentant du Massachusetts en 1946, à seulement 29 ans. En 1952, il est élu sénateur des Etats-Unis en battant l’inamovible républicain Henry Cabot Lodge Jr. Il a alors 36 ans. Jack décide de se présenter à l’investiture démocrate pour la vice-présidence en 1956, pour être le colistier d’Adlai Stevenson, qui affrontera le tandem Eisenhower – Nixon.

Il sera finalement battu. Son père, qui doutera de sa volonté politique suite à cet échec recevra une réponse cinglante de la part de l’intéressé : « Joe Jr aurait sans doute remporté cette investiture, mais Stevenson et lui auraient été battus de toute façon. Quant à moi, je me présenterai en 1960 et je serai élu président. »

Cette réponse en forme de promesse va finir par se réaliser : il va réunir toute sa famille pour l’aider dans la primaire démocrate. Il peut compter sur les crédits illimités de son père pour parvenir à être choisi. Avec son style, son charisme et sa communication moderne, il sera élu candidat pour affronter le vice-président sortant Richard Nixon et son colistier… Henry Cabot Lodge Jr.

Au terme de l’élection la plus serrée de l’histoire des USA (moins de 100 000 voix d’écart !), Jack Kennedy devient le 35ème président des Etats-Unis. A 43 ans, il est présenté comme un nouveau Roosevelt. Son programme, baptisé « Nouvelle frontière » vise à accentuer les efforts en matière de droits sociaux.

En outre, c’est sous son mandat que les avancées sur les droits civiques seront les plus marquantes. Néanmoins, il ne faut pas voir Kennedy comme un fervent militant de la cause afro-américaine. Il considérait en effet Martin Luther King comme un fauteur de trouble, apportant plus de problèmes que de solutions. Il usera toutefois de son pouvoir pour le sortir de prison à plusieurs reprises.

Le président pensait que si l’égalité des droits était un impératif à long terme, il ne pouvait se passer du soutien des démocrates du Sud, qui eux étaient toujours favorables à la ségrégation. Son élection s’étant faite dans un mouchoir de poche, il avait quelque peu les mains liées. Il finira quand même par prendre conscience de la réalité vécue par la population Noire, lui le bourgeois Blanc et fortuné.

C’est ainsi qu’après un énième crime raciste perpétré par les suprématistes blancs du Sud, il prononça un des plus grands discours de sa carrière politique en faveur de droits civiques, le 11 juin 1963 : «  Nous sommes en tant que peuple et en tant que Nation face à une crise des valeurs morales. (…) Nous, Américains, ne pouvons pas nous considérer comme libres, tant qu’une immense partie de notre population ne l’est pas. »


Il demande donc à son frère Bobby, Attorney General de préparer un texte sur les droits civiques, qu’il n’aura finalement pas le privilège de signer…

Sa présidence restera marquée également par la guerre Froide, avec la crise des missiles d’octobre 1962, en point d’orgue. Le monde frôlera le conflit nucléaire. Mais face à la politique d’escalade défendue par l’armée, il tient tête à son état-major en permettant une issue diplomatique avec l’URSS. Il essaiera de favoriser la détente entre les deux puissances à la suite de cet épisode qui aurait pu se révéler dramatique pour l’avenir du monde.

Ses qualités de chef pendant ce conflit seront louées par tous les observateurs, malgré le fait que nombre d’entre eux, voulaient en découdre militairement.

Mais cet épisode ne doit surtout pas masquer l’échec  du débarquement de la baie des Cochons en 1961, lors de l’opération Playa Giron. Les militaires et le directeur du Renseignement Allen Dulles, avait dit au président fraîchement installé qu’il lui suffisait d’approuver l’opération, sans avoir à regarder de plus près ce qu’ils avaient préparé.

Cette opération sera un échec total et Kennedy assumera publiquement celui-ci. Pourtant, dans les hautes sphères du pouvoir, les militaires et le renseignement en prennent pour leur grade. Allen Dulles sera viré et les chefs d’Etat-Major remplacés. Il aurait d’ailleurs dit à cette occasion, en désignant violemment la CIA : « Je vais écraser cet état dans l’Etat, et répandre ses cendres dans tous les vents. »

Sur le front intérieur, le mandat de Kennedy commencera par plusieurs avancées sur le front social. Il actera en place le principe d’une protection sociale pour les plus démunis et pour les plus âgés, bien que ces lois seront adoptées par Johnson. Pour le financement de ce programme, il augmentera les impôts, et fortement, en passant la tranche marginal d’imposition fédérale de 70 à 90%.

Concernant les droits civiques, il obligera, par l’intermédiaire de son frère Bobby, ministre de la Justice, les universités à intégrer des étudiants noirs. C’est le début de l’affirmative action – discrimination positive en français. Symboliquement, le chef d’équipe du Secret Service sous sa présidence fut l’afro-américain Abraham Bolden.

JFK – il ne fut appelé ainsi qu’après sa mort – fut également celui qui permit aux USA de mettre un homme sur la lune en développant le programme Apollo qui connaîtra son apogée en 1969. Il avait encore d’immenses projets pour son pays. Des rêves qu’ils voulaient vraiment réaliser.

Malheureusement, son assassinat dont on commémore les 50 ans aujourd’hui, brisera l’élan de cet homme, jeune, intelligent, charismatique… Pourtant, il ne devait pas être président.

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