Jean-Luc Mélenchon, oui François Hollande est bien de gauche !


Depuis le début du mandat de François Hollande, le Front de Gauche et la coalition électorale qu’il forme avec Parti communiste ont décidé de se placer en dehors du dispositif gouvernemental, prenant le contre-pied des tendances de 1981 et de 1997.

Sous l’impulsion de Jean-Luc Mélenchon, ils n’ont de cesse de descendre la politique économique et sociale du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, qu’ils n’estiment pas suffisamment ancré à gauche. Il faudrait d’après eux opérer un virage.

Sous entendu : le sérieux budgétaire et le réformisme ne peuvent pas appartenir à une politique de gauche. Ce genre de politique serait, d’après eux, l’apanage de la droite et exclusivement de la droite.


Une comparaison avec  Mitterrand qui n’a pas lieu d’être

Après l’élection de François Mitterrand en 1981, il avait fallu deux ans au gouvernement Mauroy pour mener une politique dite « de rigueur ». Mais attention aux comparaisons trop rapides. En 1981, Mitterrand avait énormément promis durant sa campagne et il a dû rapidement se confronter aux réalités.

Notons tout de même que son action a apporté de profondes réformes sociétales qui ont marqué définitivement notre société  : l’abolition de la peine de mort, l’autorisation des radios libres, la suppression du délit d’homosexualité, la nomination de la première (et seule à ce jour) femme à accéder au poste de Premier ministre, ou encore la création du Revenu minimum d’insertion (RMI)…

Mais en 2012, la situation est radicalement différente. Tout d’abord, la gauche a déjà gouverné dans un passé assez récent, alors qu’elle avait été éloignée du pouvoir pendant 23 ans en 1981. Ensuite, le programme de François Mitterrand était très généreux en termes de redistribution. François Hollande, lui, a fait une campagne prudente en ne promettant que peu de choses.


La social-démocratie : la pomme de la discorde

La conjoncture a joué un rôle prépondérant dans ce domaine. Aujourd’hui les indicateurs économiques du pays son quasiment tous dans le rouge et des reformes étaient nécessaires pour remettre l’économie française en marche.

François Hollande n’a jamais été un révolutionnaire. Il est même l’un de ceux qui avaient théorisé le réformisme de gauche pendant son mandat de Premier secrétaire du PS. Il a toujours assumé une vision sociale-démocrate de l’exercice du pouvoir, dans la droite ligne de son engagement auprès de Jacques Delors au début de sa carrière politique.

La social-démocratie, qui a quand même donné cinq prix Nobel de la paix (le Finlandais Martti Ahtisaari, les Israéliens Shimon Peres et Yitzhak Rabin, l’Allemand Willy Brandt et le Britannique Philip J. Noel-Baker), est une tendance politique voulant allier le progrès et la justice sociale avec l’efficacité économique. L’expression de l’ancien ministre des Finances allemand Karl Schiller résume bien ce courant de pensée : « le marché autant que possible, l’État autant que nécessaire ».


Plus à gauche qu’on ne le pense

Pouvons-nous donc dire que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ne mène pas une politique de gauche ?

Il est pourtant assez simple de critiquer la politique et l’action du gouvernement : cacophonie sur l’accord avec Mittal, malaise dans la majorité sur le pacte de compétitivité, rétropédalage sur le droit de vote des étrangers… Une telle attitude caractérise assez bien, je trouve, une gouvernance de gauche.

De plus, au regard de l’action mise en place depuis mai dernier, on peut aisément voir la rupture avec les différents gouvernements de droite précédents : retour partiel à la retraite à 60 ans, hausse de 25% de l’allocation de rentrée scolaire, abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers, création des emplois d’avenir, fin de la rétention des familles de sans-papiers avec enfants, remboursement de l’IVG à 100% pour les mineurs, alignement total de l’assiette fiscale des revenus du capital sur celle du travail…

Entre rigueur et demande… Un choix économique complexe

Des médias de gauche comme le quotidien « Libération » ou l’hebdomadaire « Marianne » sont très critiques – ils en ont tout à fait le droit, même le devoir – sur l’action rigoriste du gouvernement et n’hésitent pas à prôner une relance par la demande comme le Front de Gauche le préconise depuis de le début de la crise.

Il est vrai que le gouvernement mène une politique de rigueur. Il est important de la différencier de l’austérité qui, elle, est rendue nécessaire par l’adoption par la France du traité budgétaire européen, négocié par Nicolas Sarkozy. Cela dit, pouvait-il en être autrement ?

Aujourd’hui, il n’est absolument plus possible de faire de la relance dans une économie ouverte au libre-échange, ce qui rend absurdes les critiques actuelles sur la rigueur.

Dans un contexte libre-échangiste et de concurrence mondiale déloyale, distribuer des moyens de paiement aux ménages en augmentant les revenus de transferts et les salaires (notamment par une forte hausse du Smic) aurait pour conséquence immédiate de créer de la demande pour les grands pays exportateurs que sont la Chine, le Japon et l’Allemagne, mais pas pour la France.

Par ailleurs, le gouvernement ne maîtrisant plus l’outil monétaire, toute relance serait nécessairement financée par l’emprunt. Or, cette politique est justement la favorite des spéculateurs et des rentiers qui adorent prêter aux états avec des taux d’intérêts élevés.


Une politique déjà bien tranchée

Le monde entier souffre d’une insuffisance de la demande des ménages et dans le même temps il y a une suraccumulation de richesses en haut de la structure sociale, phénomène qui augmente depuis plus de 30 ans.

Dans ce cadre, le gouvernement français, en rupture avec l’idéologie dominante du monde occidental, mène une politique de rigueur qui se base sur une taxation supplémentaire des plus aisés. Et ce malgré la stupeur des acteurs de l’économie européenne ultra-libéralisée que nous connaissons.

Les conservateurs et les néolibéraux crient au loup en mettant en avant l’argument de l’exil fiscal. La presse et les économistes de droite expliquent qu’il faudrait faire peser la réduction du déficit uniquement sur les économies de dépenses de l’État et des collectivités. Mais comment parvenir à économiser en une seule année plus de 30 milliards d’euros sur les dépenses alors que 50% de la (faible) croissance économique française provient de la dépense publique ?


La politique de Hollande, une solution

La politique de rigueur actuelle n’a pas comme priorité la diminution des dépenses sociales, d’éducation ou de sécurité. Ceux qui, à gauche de la gauche comme le Front de Gauche ou des économistes simultanément proches du PS et des banques, critiquent la rigueur et la politique de l’offre mise en place par le gouvernement via le pacte de compétitivité, sont particulièrement déconnectés de la réalité.

Il n’est pourtant pas idiot de réfléchir à un nouveau mode de partage des richesses quand on voit que depuis plus de 30 ans de croissance faible, la richesse a été excessivement tournée vers de la rente et l’héritage, qui plus est avec des niveaux de taxation moyen très bas.

S’il est toujours possible de critiquer les modalités et la portée, voire l’utilité, de cette politique. La politique de l’offre s’inscrit pleinement dans le cadre de la politique mise en œuvre depuis le début du mandat de François Hollande. Les entreprises françaises ayant de très faibles marges elles ne pourraient pas supporter une nouvelle hausse du coût du travail avec des augmentations de salaires massives. En clair, il est impossible d’augmenter les revenus aussi rapidement.


La coalition de gauche estime que François Hollande les a trahis en menant une politique différente de celles des précédents gouvernements de gauche français, qui avaient toujours commencé leur mandature avec des redistributions massives. Or, François Hollande a une doctrine économique claire : avant de distribuer, il faut au préalable produire.

En définitive, François Hollande n’est pas un « social-traître » mais un homme de gauche réaliste qui doit gérer l’État avec responsabilité. Et personne n’a à décider ce qui est de gauche ou ce qui ne l’est pas, encore moins Jean-Luc Mélenchon et ses amis.

François Hollande est tout simplement le premier chef d’État français adepte de la social-démocratie (François Mitterrand ayant volontairement entretenu le doute sur la question) qui, contrairement à ce que l’on essaie de faire croire, est une tendance politique de gauche, certes réformiste, mais faisant bel et bien partie du socialisme.

Tribune publiée le 10 décembre 2012 sur le site internet Nouvel Observateur

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