Hollande au plus bas dans les sondages… Peut-il s’en sortir ?

Depuis son accession à la présidence de la République, on ne peut pas dire que François Hollande vive un mandat tranquille. Entre les chiffres de la situation économique qui ne cessent d’être aussi mauvais les uns que les autres, une situation politique tendue avec des remous dans sa majorité parlementaire, ou encore la radicalisation d’une partie de l’électorat, le chef de l’Etat ne doit pas être à la fête en ce moment. C’est d’ailleurs le moins que l’on puisse dire.

Pour autant, malgré tous les commentaires négatifs et autres soucis politiques, le président Hollande reste froid, calme et distant. C’est d’ailleurs une chose qui exaspère ses opposants et qui interroge ses proches.

Les critiques et les commentaires désobligeants semblent glisser sur lui. Depuis plusieurs mois, sa cote de popularité continue inexorablement de descendre et de s’enfoncer dans les tréfonds des records d’impopularité qu’il aurait tous battu.

Record. Ce mot revient de manière systématique dans la bouche des éditorialistes. Avec les imbéciles excités du 11 novembre, ou encore les relents racistes de certains médias et d’une frange de plus en plus décomplexée de la droite, la coupe devrait être pleine. Comme si en période de crise économique et de rigueur budgétaire, un président de la République qui ne promet que de nouvelles taxes et des baisses de dépenses en tous genres, pouvait être populaire et sa politique appréciée des Français.

Bien que nous ne voulons pas tomber dans le piège du fameux « TINA » anglo-saxon (There Is No Alternative), la politique menée par le gouvernement ne mènerait pas à un autre résultat dans les sondages, peu importe le Président. Et nous prenons le pari que si Nicolas Sarkozy avait été réélu, sa cote de popularité serait encore plus faible que celle du Corrézien, car il fut battu, avant tout, pour des raisons comportementales. Ajoutons à cela une rigueur de droite et vous comprenez où cela le mènerait.

Selon le dernier sondage Ipsos pour le Figaro, François Hollande est tombé à 21% d’opinions favorables. Mais en y réfléchissant, le fait qu’un cinquième de la population accorde son soutien à un chef d’Etat qui n’a rien à promettre d’autres qu’une politique restrictive, cela n’est en réalité, peut-être pas si mal, de surcroît pour un président de gauche.

Evidemment, les journalistes et les commentateurs s’en donnent à cœur joie pour tenter de démontrer que la limite d’impopularité va bientôt être atteinte et que le président n’aura pas d’autres choix que de prendre une mesure radicale, à savoir dissoudre l’Assemblée Nationale, ce qui serait suicidaire électoralement , ou remanier le gouvernement avec un changement de Premier Ministre, dont la légitimité fut récemment contestée par le toujours très remuant député PS, Malek Boutih.

Néanmoins, qui peut sérieusement penser qu’un remaniement ministériel changerait quoi que ce soit à la réalité de la crise, même si, c’est entendu, l’équipe gouvernementale est bien trop nombreuse et même empesée par de nombreux poids morts ? Mais ce n’est pas une urgence.

Que ce mouvement soit réclamé par des élus de gauche, comme Anne Hidalgo, mêlant leur voix à celle de la droite résume seulement un réflexe d’évitement, de fuite, et de panique. À quoi bon remplacer un Jean-Marc Ayrault qui affronte plutôt bravement et sans se démonter les éléments déchaînés, tout en étant d’une loyauté sans faille ? À quoi bon créer une nouvelle attente inutile qui n’est rien d’autre qu’une procrastination supplémentaire?

Hollande pourrait parfaitement descendre encore jusqu’à15 % (ce n’est plus impossible) sans que son maintien à la magistrature suprême puisse être contesté ni fragilisé. Les solides institutions de la Ve République ont profondément ancré dans l’inconscient démocratique des Français l’idée selon laquelle le mandat donné par le peuple ne peut être remis en question par les aléas et les humeurs de la situation politique.

21%, c’est surtout le résultat, en creux, de l’addition des lâchetés françaises. Des refus cumulés de notre société à accepter le réel et à le saisir à bras-le-corps. Il est bien utile, au fond, ce Hollande calme et normal dont on peut charger la barque en le rendant responsable de tous les maux du pays. Il est bien commode ce souffre-douleur dont on fait semblant de croire qu’il taxe par plaisir quand il tente seulement d’alléger le boulet que constituera une dette gigantesque pour les générations futures.


Il y aurait d’autres solutions, bien sûr, explique l’opposition qui propose de « tailler dans les dépenses de l’État » – autrement dit, dans les dépenses sociales – sans jamais dire clairement lesquelles.  Où en serait l’opinion française aujourd’hui si on appliquait des coupes qui chaufferaient à blanc les révoltes du « peuple » dont on brandit aujourd’hui les exaspérations ?

Ce Hollande impopulaire qui fait le sale boulot est donc précieux pour la droite qui peut entretenir l’illusion qu’elle pourrait faire mieux. Mais le Hollande bashing est aussi crétin que ne l’a été l’antisarkozysme primaire. Il révèle le même refus d’une France figée à répondre efficacement et solidairement aux défis de l’adaptation et du changement qui s’imposent à lui.

L’objectif de Hollande, constant depuis son élection, est plutôt de convaincre à long terme, que de séduire à court terme. Un pari noble, mais risqué. Lionel Jospin s’en souvient…

Si sa stratégie du dos rond peut lui permettre de s’en sortir, François Hollande devra un jour assumer ouvertement le positionnement réformiste qui est le sien en lui donnant un nom : social-démocratie. Cette idéologie politique de gauche, est certes non marxiste, mais essaie d’allier la justice sociale dans l’économie de marché, en y intégrant des règles du jeu, définies par la puissance publique. C’est sur ces points que le gouvernement doit insister.

C’est cela qui pourra lui permettre de se dégager un horizon en s’appuyant sur cette vision. La politique de l’offre n’est pas un gros mot. Elle est seulement ultra-minoritaire dans l’électorat de gauche, et ça Hollande le sait bien.

Cependant s’il veut rebondir, il devra finir par assumer sa clairement position : celle d’un président de la République de centre-gauche.

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