François Hollande, un challenger en tête du peloton

Son entourage, à commencer par sa mère, le trouvait trop fragile et pas assez charismatique pour prétendre à être un jour chef de l’Etat. Mais ce surdoué aux fausses allures de dilettante, peut-être conscient très tôt de ce dont il était capable, n’en a eu cure.

Né à Rouen en 1954, François Hollande est un garçon modèle, bachelier à 16 ans, (lire « François Hollande, itinéraire secret » de Serge Raffy) et bardé de diplômes. Licencié en droit, il intègre HEC Paris -dont il sortira major en 1975- où il dirige un comité de soutien à la candidature de François Mitterrand pour l’élection présidentielle de 1974.

Il entre ensuite à Sciences Po Paris pour préparer le concours d’entrée à l’ENA, qu’il quittera dans la « botte » en 1980 au sein de la célèbre et prestigieuse promotion Voltaire, d’où sont notamment sortis Dominique de Villepin (ancien Premier ministre), l’ex-compagne de François Hollande, Ségolène Royal (ancienne candidate socialiste à la présidentielle), Michel Sapin (son conseiller et ancien ministre de l’Economie et des finances), Henri de Castries (PDG du groupe Axa), son meilleur ami Jean-Pierre Jouyet (président de l’Autorité des marchés financiers) ou encore Renaud Donnedieu de Vabres (ancien ministre de la Culture).

Moins célèbre que le labrador de Mitterrand

François Hollande est le second fils d’un médecin ORL proche de l’extrême droite, et d’une assistante sociale, beaucoup plus à gauche, dont il restera très proche jusqu’à sa disparation en 2009.

Sa carrière politique commence réellement en 1981 après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République. En effet, peu avant, il est repéré par Jacques Attali qui réussit à le faire nommer chargé de mission aux questions économiques par François Mitterrand. Peu après l’élection de ce dernier, il se présentera aux élections législatives pour la première fois, en Corrèze face à l’imbattable Jacques Chirac, qui déclara à cette occasion que le jeune énarque était moins célèbre que le labrador du Président. Cette diatribe marquera au fer rouge le début de sa carrière politique, lui a qui eu l’outrecuidance de se mesurer au président du RPR.

Jusqu’en 1997, date à laquelle il est désigné premier secrétaire du Parti socialiste, il est élu et réélu député. Malheureusement pour lui, pendant le dernier gouvernement socialiste à ce jour, sous la coalition de « la gauche plurielle », il n’entrera pas au ministère de l’Economie et des finances comme il le souhaitait. Effectivement, Lionel Jospin ayant trop besoin de son talent d’équilibriste politique pour gérer les soucis internes du Parti socialiste.

Toutefois, dans ce parti, peut-être plus difficile à gérer qu’aucun autre, les problèmes internes nés de la traumatisante défaite du 21 avril 2002, vont commencer à s’amplifier. Outre quelques belles victoires locales comme les élections régionales de 2004, le Parti socialiste perd à nouveau les élections nationales (la présidentielle et les législatives) en 2007, ce qui affaiblit encore la position de François Hollande.

Le catastrophique congrès du PS de Reims en novembre 2008, semble sonner le glas de toute ambition politique pour l’élu de Corrèze. Mais le principal intéressé avait un autre plan en tête…

Il perd 10 kilos et gagne des points dans les sondages

Délaissé, raillé pour son bilan à la tête du parti, pris de haut par les strauss-kahniens qui l’exhortaient à ne pas se présenter aux primaires, François Hollande a vécu une véritable traversée du désert, lui qui fut très longtemps sous-estimé. A partir de 2010, il entame un régime (il perd plus de 10 kilos), et se prépare à entrer dans la course pour les primaires. Il progresse peu à peu dans les sondages, passant de 3% d’intentions de vote aux primaires en décembre 2010 à près de 45% la veille du 1er tour.

Le 16 octobre, il remporte largement les primaires face à Martine Aubry, avec plus de 56% des suffrages exprimés par plus de 2 millions de votants. Un plébiscite.

Il faut par ailleurs rappeler que François Hollande se situe à des niveaux de sondages stratosphériques pour un challenger, du jamais vu depuis l’élection du président de la République au suffrage universel.

Un sondage récent montre que les Français le considèrent comme plus crédible pour s’occuper de leurs préoccupations. Par contre, là où le bât blesse, et où il devra sans conteste travailler, est son déficit de crédibilité sur la scène internationale, et sa stature présidentielle, là où Nicolas Sarkozy en a justement le plus face à lui, aux yeux des Français.


Il n’est plus le jeune premier de la classe

Le discours du Bourget du dimanche 22 janvier a montré que François Hollande avait l’étoffe pour s’adresser aux Français comme un chef d’Etat. En outre, la semaine précédant ce discours, il avait remobilisé ses troupes en leur sommant de cesser les cafouillages et les errements, après différents couacs notamment sur le quotient familial.

L’époque du jeune premier de la classe, énarque, débarquant à l’Elysée pour aider le conseiller spécial de François Mitterrand, a vécu. Cet homme constamment sous-estimé par ses adversaires, doit parvenir à garder le cap, lui qui présente son programme présidentiel ce jeudi, trois jours avant l’interview de Nicolas Sarkozy dimanche soir.

Bien qu’il caracole en tête des intentions de vote, il se refuse à tout triomphalisme, continuant de faire ses propositions et de sillonner la France. Son principal adversaire, Nicolas Sarkozy, ne parvient pas à faire baisser le candidat socialiste dans les sondages, et ce, malgré les nombreuses stratégies, et c’est un euphémisme, mises en œuvre par l’UMP pour tenter de déstabiliser le champion socialiste.

A près de 90 jours de l’élection, le candidat du PS devra continuer à mobiliser son parti et ses militants après le succès du meeting du Bourget. Charge à lui de trouver la bonne formule pour occuper l’espace politique et médiatique dans l’attente de la déclaration officielle de Nicolas Sarkozy, dont les troupes le pressent à avancer ce moment.

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