François Hollande, le maître de guerre

Il va falloir se rendre à l’évidence : malgré ce que peuvent penser ses détracteurs, François Hollande est un personnage beaucoup plus complexe qu’on aurait pu le penser. Il n’est pas seulement un tacticien en chambre qui laisse les évènements décider pour lui. En effet, concernant la chose militaire notamment, il est apparu le plus déterminé depuis le début de son mandat et ce, à la surprise des commentateurs. D’aucuns voyaient en lui un personnage affable et bravache quand on vantait les –réelles- qualités de leader de son adversaire de toujours Nicolas Sarkozy.

Les guerres qu’il doit mener conjointement, lui laissent peu de marge de manœuvre. Ce qui implique qu’il navigue parfois à vue et qu’il doit souvent improviser face à des situations imprévues, comme cette baisse du chômage en août qui a surpris tout le monde, à commencer par lui.

A vrai dire, le Corrézien a toujours été sous-estimé, ce qui n’était pas pour lui déplaire ; cela lui a permis d’arriver quand on l’attendait pas et de prendre les gens par surprise. Ce fut vrai en 1997, quand il fut choisi pour être Premier Secrétaire du PS, ce fut également vrai en 2011 pour les primaires socialistes –même si le retrait prématuré de DSK a évité au PS un score serré et des déchirements annoncés – et enfin, ce fut encore le cas pour l’élection présidentielle de 2012, où Nicolas Sarkozy ne pensait faire qu’une bouchée de lui.

Et si certains en doutaient encore, la crise syrienne les aura décillés : François Hollande s’accommode plus que parfaitement des pouvoirs que lui confère la Constitution, quand bien même ces pouvoirs lui paraissaient excessifs quand ils étaient détenus par d’autres que lui, et notamment par François Mitterrand.

Comme Alain Minc l’a dit récemment, celui qui est appelé « Professeur » par son ancien ennemi Laurent Fabius, est un personnage complexe : alors qu’il est déterminé –sans doute bien plus que ses deux derniers prédécesseurs- sur le front de la politique étrangère, il apparaît bien plus frileux et hésitant  sur la politique intérieure.

Sur le plan économique et fiscal le président de la République alterne le chaud et le froid : d’un côté il augmente fortement les impôts, même s’il est utile de rappeler qu’il avait prévenu que ce « serait dur » dès son élection, d’un autre il mène une politique interventionniste en augmentant le nombre de contrats aidés pour endiguer la hausse inexorable du chômage qui perdure depuis plus de deux ans.

Concernant la politique étrangère, il est toujours à prêt à agir, notamment sur le dossier syrien, même si la France a été dernièrement quelque peu mise à l’écart sur l’armement chimique, en grande partie à cause des atermoiements de Barack Obama.

Le Président Hollande, échaudé par son succès au Mali, tente néanmoins de garder la main et aurait, selon certaines indiscrétions, déclaré au président palestinien Mahmoud Abbas que si aucun accord n’était trouvé avec son homologue israélien Benyamin Netanyahu, la France associée au Royaume-Uni ferait une « intervention spectaculaire » sur ce dossier.

En définitive, la situation actuelle est tellement difficile, tant sur le plan économique que diplomatique notamment sur le dossier syrien, et bientôt la Centrafrique, que le Président n’aura pas d’autre choix à l’avenir que d’endosser le costume qu’il apprécie tant, malgré son impopularité toujours plus grande : celui de « maître de guerre ».

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