Dieudonné, idéologue de l’humour noir

Depuis le début de l’année 2014, l’humoriste Dieudonné n’en finit plus de faire l’actualité. A tel point que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a pris la décision de demander aux instances administratives d’interdire l’un de ses spectacles, à Nantes. Dans ce cadre, après le rejet de cette requête par le tribunal administratif, le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative a pris le contre-pied de cette décision en validant la requête du locataire de la place Beauvau.

Si on peut largement critiquer et combattre les délires antijuifs de l’ancien acolyte d’Elie Semoun, Manuel Valls, a pris une décision qui risque de créer un dangereux précédent. Il ne s’agit pas de discuter de son antisémitisme réel ou supposé, mais l’interdiction de son spectacle « Le Mur » est contestable pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, dans une démocratie libérale on n’interdit pas a priori, mais a posteriori. En effet, son spectacle en question est programmé au théâtre de la Main-d’Or depuis le  mois de juin 2013. Or, il a fallu un évènement judiciaire pour que le gouvernement, par l’intermédiaire du ministre de l’Intérieur, se saisisse de l’occasion pour en faire un exemple. En effet, la LICRA a décidé de porter plainte contre Dieudonné pour incitation à la haine raciale et pour apologie de crime contre l’humanité pour la chanson « Shoananas » qu’il interprète systématiquement pendant ses représentations.  La décision du conseil d’Etat a entraîné la modification -à la marge- du spectacle « Le Mur » par l’humoriste.

Suite à cela, de nombreuses associations antiracistes ont décidé d’embrayer en organisant des manifestations de lutte contre le racisme dans toute la France. De plus, l’humoriste met en branle ses soutiens sur les réseaux sociaux en les incitant à « résister » face à l’oppresseur que serait l’Etat.

Effectivement, interdire ses spectacles le sert ; il en fait le sel de sa réussite. Ses partisans y voient la preuve des complots qu’il dénonce en prenant en exemple Éric Zemmour notamment, célèbre journaliste du PAF, qui fut condamné pour  incitation à la haine raciale pour avoir déclaré que « tous les trafiquants de drogue (étaient) Noirs et Arabes » et  que « les chefs d’entreprises ont le droit de refuser d’embaucher des Noirs, des Arabes ou des Juifs.» Rappelons qu’à la suite de sa condamnation pour ces propos nauséabonds, il fut invité par les députés du groupe UMP à l’Assemblée Nationale et une standing ovation lui a été réservée par les parlementaires présents.

Il est parfaitement nécessaire de condamner les propos de « Dieudo », notamment ceux sur Patrick Cohen et les chambres à gaz qui sont d’une abjection absolue, et ce, peu importe ce que le journaliste de France Info a pu dire sur l’humoriste avant. Car Dieudonné, au-delà du fait qu’il est un humoriste de grand talent –son sketch « la fine équipe du 11 » reste un modèle du genre- il n’en est pas moins devenu un homme politique. Aux fréquentations suspectes –Alain Soral, Bruno Gollnisch, ou Jean-Marie Le Pen- et qui tente de mélanger politique et humour. Pas sûr que cela fasse bon ménage.

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