Depuis que la justice a interdit au magasin Sephora des Champs-Elysées d’ouvrir au-delà de 21 heures

Depuis que la justice a interdit au magasin Sephora des Champs-Elysées d’ouvrir au-delà de 21 heures et qu’elle a eu l’outrecuidance d’interdire à des célèbres enseignes de bricolage de ne pas ouvrir le dimanche, les réactions se succèdent pour promouvoir ou dénoncer le travail dominical ainsi que la possibilité d’ouvrir tardivement le soir.

En effet, plusieurs enseignes, telles que Leroy-Merlin ou encore Bricorama se sont également plaint de ne pouvoir ouvrir leurs magasins, à leur guise le dimanche, et d’autres mettent en avant le fait que travailler le soir permettrait de doper la consommation et donc la croissance.

Plusieurs arguments sont portés par les uns comme les autres. Les libéraux expliquent qu’il est nécessaire de « libérer le travail » de façon à permettre à tous les agents économiques de pouvoir consommer tel qu’il l’entend et quand il le veut. D’autres, le plus à souvent à gauche, expliquent qu’il est nécessaire d’avoir un jour « officiel » de repos, et que celui-ci doit être le dimanche.

Selon l’économiste libérale Agnès Verdier-Molinié, ouvrir le dimanche, et pourquoi pas 24h/24 et 7/7 permettrait «  de créer 200.000 emplois potentiels, et 11 milliards de recettes nouvelles pour les caisses sociales. »

A l’inverse, Eric Heyer, économiste à l’OFCE, considère que généraliser le travail le dimanche et le travail de nuit finirait par avoir un impact économique négatif. Selon lui, peu importe la possibilité de faire ses courses le dimanche ou la semaine, « la consommation est de toute façon limitée par des contraintes budgétaires. » En clair, ce qui est dépensé dimanche ou le soir, n’est pas dépensé ailleurs.

Mais l’essentiel est ailleurs, au-delà du nécessaire droit au repos, il est intéressant de comprendre les travers actuels de la législation, pourtant récente. En 1990, un rapport du Conseil Economique et Social insistait sur la nécessitait de modifier la législation de façon à tenir compte des nouvelles habitudes de consommation.

La législation de 2006, instaure que le dimanche est la journée de repos « normale » pour les salariés et que le travail du dimanche doit rester une exception. Avec bien entendu des exceptions pour la restauration, le tourisme, la culture et le sport, notamment.

En 2007, Jean-Paul Bailly (déjà) dirigeait une étude au même Conseil Economique et Social réclame à nouveau un assouplissement de la législation. Nicolas Sarkozy s’en est inspiré pour rédiger sa loi de 2008 qui a achevé de tout embrouiller.

On ne compte plus les dérogations accordées et les incohérences entre zones touristiques où les travailleurs sont payés comme un jour de semaine, et celles où ils sont payés double, sur la base du volontariat.

Pour tenter de mettre fin à la polémique, le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a donné une mission au même Bailly, lequel a déjà rendu ses conclusions en 2007 ! Dans un débat compliqué à force d’accumuler les exceptions et les statuts particuliers pourquoi ne pas s’en sortir avec une idée simple ?

Au lieu d’assouplir les règles pour quelques uns, pourquoi ne pas les durcir pour tous ? Un sondage BVA pour i-Tele nous apprend que 69% des Français sont pour la généralisation du travail dominical. Mais dans le même temps, ils sont 56% à refuser de travailler le dimanche ! En clair, le travail dimanche oui, mais pour les autres !

Ouvrir les magasins le dimanche, oui, mais si les salariés sont volontaires s’ils sont payés double et gardent deux jours consécutifs de repos, car travail le du dimanche, on l’oublie souvent, est dans de nombreux, cas la suite d’une journée de travail le samedi, et ce pour d’évidents problèmes d’organisation.

Mais avec des règles aussi strictes, les patrons y réfléchiront à deux fois avant de faire du dimanche un lundi, du lundi un mardi et ainsi de suite. Quand tout le monde sera payé double le dimanche, les travailleurs n’auront plus qu’à obtenir que le reste de la semaine soit aligné sur le tarif week-end. Et on pourra prendre le reste de la semaine pour se reposer de l’épreuve du dimanche.

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