Delphine Batho limogée : machisme ou incompétence de la ministre ?

Le président de la République avait prévenu ses ministres lors de sa conférence de presse du 16 mai : en cas de nouvel impair, des têtes tomberont. Mardi dernier, Delphine Batho, ministre de l’Ecologie,  a critiqué le budget 2014 de son ministère après les arbitrages de Matignon.

Pour Jean-Marc Ayrault, c’en est trop : elle est limogée manu militari du gouvernement. Rapidement, des personnalités politiques telles que Daniel Cohn-Bendit ou Jean-Vincent Placé se sont empressées de qualifier la décision de l’exécutif de machiste.

Ils pointent, sans doute à juste titre, le cas d’Arnaud Montebourg, qui avait exprimé des positions parfois en décalage avec la ligne fixée par le gouvernement. Cela dit, cette comparaison est de mauvaise foi : Delphine Batho ne représente pas grand-chose politiquement, alors qu’Arnaud Montebourg est un des symboles de l’aile gauche du Parti socialiste et du gouvernement. Hollande et Ayrault ne prenaient donc pas un énorme risque en la limogeant.

Dans le même temps, Ils envoient un signal aux autres ministres un peu turbulents tels que Benoît Hamon ou Vincent Peillon, voire Cécile Duflot qui ont eux aussi pris quelques libertés avec la ligne gouvernementale.

Pour autant, on ne s’est pas suffisamment posé une question : celle de la compétence de Delphine Batho. Dans sa conférence de presse à la suite de son limogeage, elle laisse clairement entendre que le gouvernement a cédé à des forces économiques qui voulaient sa tête, car selon elle, elle représente une ligne écologique qui irait contre les intérêts des industriels de l’énergie.

Cette vision des choses un peu « bisounours » est à relativiser. Quand elle a pris en charge le ministère de l’Ecologie, elle n’était pas connue pour être une spécialiste des questions environnementales. De plus, en tant que ministre, peu importe ce qu’elle représente selon ses dires, elle n’applique que la feuille de route donnée par l’exécutif.

Elle donne l’exemple du PDG de Vallourec, qui aurait dit à ses collaborateurs il y a quelques mois qu’elle n’en aurait plus pour longtemps. PDG de Vallourec, qui est également le mari de Sylvie Hubac, la directrice de cabinet du président de la République.

Ce dernier aurait des vues sur le gaz de schiste français, si jamais il était autorisé. Cela dit, on voit mal aujourd’hui François Hollande prendre dans un futur proche le risque de casser sa diversité gouvernementale déjà fragile, en autorisant l’exploitation de cette énergie.

Néanmoins, les conseillers du Premier Ministre ont rapidement démenti ces allégations. Une antienne revient régulièrement dans les allées du pouvoir : Delphine Batho serait incompétente.

Un conseiller du Président explique même : « elle est non seulement incompétente, mais elle aussi arrogante et solitaire dans sa façon de travailler. Sa boulette a arrangé tout le monde. » Cette arrogance, a été mise à l’épreuve quand le Président lui demande de retirer ses propos. Il savait qu’elle n’en ferait rien.

Selon eux donc, si Delphine Batho a été limogée pour son incompétence, ses propos sur le budget ont été un élément déclencheur. Quant au sexisme supposé du Président Hollande, il n’est pas nécessaire de se servir de cette « affaire » pour le mettre en exergue.

Le Corrézien compte en effet très peu de femmes dans son entourage. Les détracteurs de la décision mettent en avant le fait que le précédent ministre à avoir été écarté de la sorte était une femme, Nicole Bricq, également à l’époque ministre de l’Ecologie. C’est donc surtout ce point qui irrite les Verts, les partenaires des socialistes dans la majorité présidentielle.

Le sexisme a toutefois encore de beaux jours devant lui : il aura disparu quand on pourra renvoyer une femme incompétente d’un poste important aussi violemment qu’un homme.

En définitive, cette décision peut-être à double tranchant pour Hollande : soit elle le renforce dans son autorité au gouvernement ou elle déclenche un malaise dans la majorité. Pour le moment, les Français ne soutiennent pas le chef de l’Etat. Ils sont 59% selon un sondage CSA à ne pas approuver cette décision.

Cela dit, les réactions à chaud ne sont jamais de bon aloi. La session parlementaire extraordinaire sera un thermomètre sans doute beaucoup plus fiable.



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