De la Gauche

Depuis la conférence de presse de François Hollande  le 14 janvier dernier, un débat fait rage au sein de la gauche concernant la ligne gouvernementale. En effet, le président Hollande, en détaillant les principaux points de son « pacte de responsabilité » a fini par consacrer définitivement une politique de l’offre.

Au sein du PS où l’aile gauche a été muselée par la participation de son leader Benoît Hamon au gouvernement, beaucoup se plaignent de cette révolution qui serait en décalage avec les idées socialistes habituelles. En effet, la conférence de presse de François Hollande a définitivement arrêté ce que tous les observateurs savaient déjà en réalité :  le Président Hollande est bien social-démocrate.

A la suite de cet exercice médiatique, beaucoup ont essayé de donner une définition de ce que serait la social-démocratie, en faisant un parallèle avec le social-libéralisme d’un Tony Blair ou d’un Bill Clinton. Mais la réalité est assez particulière dans le cadre de la France, la social-démocratie ne se résumant pas à une doctrine économique qu’elle soit libérale ou non.

Prosaïquement, la social-démocratie se définit comme un courant politique de gauche, réformiste, pragmatique, mais surtout ayant pris ses distances avec la doctrine marxiste, cette dernière exigeant une prise de pouvoir politique par le prolétariat. Au-delà du discrédit de cette doctrine par la chute de l’URSS, la gauche française, depuis le début du XXème siècle n’a que sporadiquement gouverné.

Les conquêtes économiques et sociales ont davantage été la conclusion des combats des syndicats de salariés au cours du siècle dernier, avec notamment les congés payés et la réduction du temps de travail.

Bien que ces conquêtes sociales aient été obtenues sous des gouvernements de gauche, la doctrine strictement économique du Parti Socialiste, le principal parti de la gauche française, n’a cessé d’évoluer au fil des années. La période qui illustrent le mieux ces accommodements est indiscutablement la présidence Mitterrand.

Le premier président socialiste de la Vème République a commencé son mandat très à gauche et l’a terminé en faisant ratifier le traité de Maastricht par les Français en 1992, qui achèvera de faire du libéralisme la doctrine économique consacrée en Europe.

On l’oublie en effet souvent, mais c’est bien le couple Mitterrand-Bérégovoy qui libéralisa complètement l’économie française à partir de 1984 à la suite de la nomination du jeune Laurent Fabius à Matignon. Avec son directeur de cabinet Jean-Charles Naouri, l’ancien syndicaliste va mettre en place le plus incroyable train de réformes économiques et financières, faisant de la France une référence libérale. Le système financier n’est désormais plus qu’une vaste place de circulation de l’argent.

Le cas de François Hollande est beaucoup complexe. S’il est vrai que sa campagne a été plutôt légère pour un candidat de gauche, sa trajectoire politique ne devrait pas surprendre grand monde en réalité.

 « Au regard de la dégradation de l’économie française, et notamment de sa compétitivité, de la force de la contrainte extérieure, de l’ouverture des marchés, de la situation de nos industries, on ne peut plus laisser penser que, par une simple stimulation des revenus, la croissance pourrait revenir d’elle-même. »

Ces mots ont été prononcés en septembre 2009 par François Hollande. Ce discours a été tenu à l’université d’été des Gracques, un collectif de hauts fonctionnaires de centre-gauche proche du PS du temps où il en était le premier secrétaire. Le parcours politique de Hollande commence en réalité pendant ses études, à HEC et à Sciences Po.




Il fut en effet formé à l’époque du « giscardisme » et du « barrisme » triomphants, politique menée dans la deuxième moitié des années 70. Cette politique économique élève au rang de vertu la rigueur budgétaire, avec l’idée selon laquelle l’état doit être rigoureux tout le temps.

Le président François Hollande a donc choisi cette voie, en totale cohérence avec la pensée économique qu’il enseignait, lorsqu’il était professeur à Sciences Po. Il avait précisé sa pensée dans un livre co-écrit avec Pierre Moscovici en 1991, L’Heure des Choix, dans lequel il appelait le socialisme de l’offre, « la gestion keynésienne ».


Parler donc de virage paraît un peu incongru. Il a toujours su que distribuer des moyens de paiement supplémentaires aux ménages –par l’emprunt- aurait comme conséquence immédiate de dégrader encore plus la balance commerciale, et ex post le déficit budgétaire. En clair, on fabriquerait de la demande pour les autres pays européens qui ont comprimé leur demande intérieure pour gagner en compétitivité-prix.

Certains à gauche, comme Marie-Noëlle Lienemann, qualifient le supposé virage du Président de « néolibéral ». Vous avez bien lu. Le journaliste Aymeric Caron explique que le gouvernement « n’est plus de gauche et qu’il mène une politique néolibérale en faisant des cadeaux aux patrons.»

Les critiques de la sénatrice socialiste peuvent paraître baroques quand on sait qu’elle a appartenu aux gouvernements Jospin, et Bérégovoy ceux-là même qui ont achevé la privatisation de l’économie française.

Le néolibéralisme est la politique économique prônée par l’économiste américain Milton Friedman qui préconise une société où l’Etat n’aurait qu’un rôle minime, à savoir la défense, la police et la justice. En clair, même l’éducation serait privatisée. Rien de tel n’est à l’ordre de jour, à gauche comme à droite, d’ailleurs. On peut donc aisément affirmer qu’il n’existe pas de vrais néolibéraux en France.

Le pacte de responsabilité proposé par le président part d’un constat alarmant de la situation française. Le taux de marge des entreprises françaises est tombé à un niveau historiquement bas (27%) et les comptes extérieurs sont aussi mauvais ; car même si le déficit commercial se réduit, c’est avant tout à cause d’une baisse inquiétante de la consommation intérieure qui a freiné les importations.

Pour autant, s’il est une politique de relance qui aurait toutes les chances de fonctionner, c’est à l’échelle européenne. De nouveaux investissements européens dans des secteurs d’avenir, comme les énergies renouvelables, le numérique ou les infrastructures autoroutières.

Cette vision se retrouve dans l’adage du véritable mentor politique de François Hollande, Jacques Delors : « Aux états la rigueur, à l’Europe la relance. »

Pour que l’Allemagne accepte de mener une telle politique en intelligence avec la France, cette dernière doit donner des gages de sa volonté de réformes.

Dans ce cadre, le président a décidé d’accélérer pour essayer de redonner de la confiance aux agents économiques. La question serait de savoir pourquoi le gouvernement n’a pas mis en place cette politique offensive dès le départ.

Après deux années d’apprentissage du pouvoir, la gauche gouvernementale sait que le temps lui est compté si elle veut réussir dans ce contexte de crise persistante. Avec les divisions à gauche sur la politique économique du gouvernement, pas sûr que la situation politique actuelle avec les élections municipales et européennes qui se profilent, facilite la tâche du président Hollande.

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