Déflation : Un « quantitative easing » européen est-il possible ?



Les données d’Eurostat viennent de tomber : l’inflation est descendue à 0,4% au mois de juillet après 0,5% en juin. Cela ne veut pas encore dire que les prix baissent. Ils augmentent simplement beaucoup moins vite qu’ils ne devraient : la BCE ayant pour objectif de maintenir une hausse à 2% en rythme annuel.


Mais pourquoi lutter contre une baisse des prix ? A priori, la déflation pourrait avoir l’air d’une aubaine (qui n’a pas rêvé de voir les prix diminuer ?), mais elle présente en réalité des risques macroéconomiques majeurs. Ce phénomène, souvent associé au Japon qui la combat depuis 20 ans, est très handicapant puisqu’il paralyse les consommateurs. Face à des prix en baisse continuelle, ces derniers reportent en effet sans cesse leurs achats pour payer toujours moins cher.

Pour s’adapter, les entreprises produisent moins et baissent encore plus leurs prix, puis réduisent les salaires ou licencient. Ce qui pèse alors encore plus sur la consommation et les investissements. Un véritable cercle vicieux.

Nous ne sommes donc pas encore dans une situation de baisse des prix généralisée. Néanmoins, la BCE a sorti un arsenal économique en juin visant à restaurer la confiance des agents économiques de façon à faire repartir l’inflation. Malheureusement, la situation économique de la zone euro continuant à se dégrader, il n’y a aucune raison pour que les prix augmentent.


En effet, avec une demande intérieure anémique, des investissements en berne, et le tarissement du crédit, tous les indicateurs économiques tendent à ce que la situation continue de se dégrader.

La BCE, qui a abaissé son principal taux directeur à 0,15% (contre 0,25% auparavant), a également décidé d’encourager les banques à prêter davantage aux agents économiques en faisant des prêts ciblés avec des LTRO pour « Long Term Refinancing Operations », rebaptisés pour l’occasion T-LTRO, pour « targeted ».

Elle avait déjà mis en place deux LTRO en 2011 et 2012 mais seulement pour des rachats de titres souverains. Cette fois, Mario Draghi veut que ces sommes soient directement prêtées aux agents privés. Le programme commencera en septembre pour finir à la fin de l’année pour un montant maximal de 400 milliards d’euros. Cette politique s’inspire directement du « quantitative easing » (assouplissement quantitatif) pratiqué par la Fed et son président Ben Bernanke.


En outre, la BCE a porté en territoire négatif (-0,10%) le taux de dépôt qui rémunère les sommes que les banques placent à court terme dans ses coffres.

Malgré l’annonce de ces mesures, la désinflation se poursuit. Manuel Valls lors du point-presse du séminaire gouvernemental du 1er août dernier s’est publiquement inquiété de la faible inflation. François Hollande lui-même, en marge des commémorations du centenaire du début de la Grande Guerre, s’en est inquiété « Il y a un vrai risque déflationniste en Europe : en France, l’inflation n’a jamais été aussi basse. » On peut d’ailleurs le comprendre, une baisse des prix généralisée entraîne mécaniquement une hausse de la dette publique et un dérapage du déficit budgétaire, avec des recettes de TVA en nette baisse.


Bien que les mesures prises par la BCE soient nouvelles, elles risquent malheureusement de ne pas suffire. On peut donc s’interroger : la BCE doit-elle s’inspirer de la Federal Reserve et pratiquer un vrai « quantitative easing » ? En effet, à la différence de la Fed américaine, lorsque la BCE prête de l’argent aux banques et achète des titres souverains sur le marché secondaire, elle détruit de la monnaie simultanément ; c’est ce qu’on appelle la « stérilisation. » Ce procédé sert à éviter l’expansion monétaire, donc la création d’inflation. Cette politique était principalement réalisée pour éviter de s’opposer à l’Allemagne qui refuse toute tendance inflationniste.

Mais avec le risque de déflation de plus en plus crédible en Europe, accompagné des mesures budgétaires restrictives prises par les Etats, la BCE se retrouvera peut-être dans une situation qu’elle n’aurait pas souhaitée : faire marcher la planche à billets de manière massive ce qui outrepasse son mandat.

Car à la différence de sa consœur outre-Atlantique qui doit œuvrer pour la croissance et pour maintenir l’inflation à un niveau soutenable, la BCE n’a qu’une seule et unique mission, à savoir stabiliser les prix.

Toutefois, l’institution monétaire européenne n’est pas la seule à pouvoir agir. Si une injection monétaire massive de la part de la BCE est pour le moment écartée, les Etats et la Commission Européenne ont encore quelques cartouches.

Avec la Banque Européenne d’Investissement (BEI) par exemple qui peut émettre des prêts massifs aux entreprises ou financer des infrastructures (notamment écologiques) pour relancer la croissance avec un plan européen de 1500 milliards d’euros (un peu plus de 70% du PIB français) qui permettrait une vraie relance et un changement sérieux de politique économique. Car sans réelle lutte contre la récession, il ne servira à rien de lutter contre la déflation.

3 vues

Inscrivez vous à notre newsletter

  • Facebook
  • Twitter

© 2023 Les Chroniques de Sorensen by Flow