Barroso : Dix ans à la tête de la Commission, dix ans de perdus

Quand José Manuel Barroso est arrivé à la tête de la Commission Européenne en 2004, à la suite de Romano Prodi, il mettait fin à 20 ans d’une Commission dirigée par le centre-gauche (excepté la période 1995 – 1999, avec une Commission dirigée par le conservateur Jacques Santer). Il avait été choisi par les gouvernements français et allemands, car à l’époque, Jacques Chirac et Gerhard Schröder cherchaient surtout un dirigeant sans relief, incapable de leur faire de l’ombre.

Avec la crise des dettes souveraines dans la zone euro, apparue en 2009/2010, la Commission Européenne jouera un rôle autrement plus important dans le renflouement des Etats en difficultés, notamment la Grèce. En échange de ce renflouement, la « Troïka », composée de la Commission, de la BCE et du FMI, impose des réformes drastiques aux pays sous perfusion.

Pour autant, on se pose toujours la question de la pertinence des politiques de redressement budgétaire mises en place communément : en imposant des réductions de dépenses drastiques dans toute l’Union Européenne, la Commission, appuyé en ce sens par les gouvernements conservateurs, a organisé la récession à l’échelle du continent.

Il n’est pas question ici de tomber dans un manichéisme anti-Barroso (ou Barroso bashing, c’est selon) qui semble en vogue dans la classe politique, en mettant sur le dos de la Commission, tous les problèmes économiques français ; ils sont pour la plupart d’entre eux largement antérieurs à son arrivée à Bruxelles, en 2004. Pour autant, il est clair que son mandat aura fait perdre du temps au processus européen, son rôle étant réduit à une libéralisation de l’économie et à amplifier le recul des Etats.

Avec l’élection d’un socialiste à la tête de la France, les pays en difficulté pensaient disposer d’un allié de poids dans la lutte contre l’austérité. Pour autant, François Hollande suivra les pas de son prédécesseur dans la lutte contre les déficits.

Quant à la Commission, elle se sentira pousser des ailes en faisant des recommandations, parfois en utilisant un ton assez professoral. Cette attitude vaudra à Barroso une réplique sèche du Président français : « La Commission n’a pas à dire à la France ce qu’elle a à faire. »

Concrètement, le rôle de la Commission est signifié comme suit dans le Traité de Rome de 1957 : « (elle) veille à l’application des règles du Traité, formule des propositions en participant à la formation des actes du Conseil et du Parlement européens. » La Commission a donc un rôle de proposition. Depuis la fin de la période Delors en 1995, le rôle de la Commission a été renforcé notamment dans le processus de décision.

Une question se pose donc : à part la volonté d’organiser un marché toujours plus grand, quel a été le rôle de la Commission ces dix dernières années ?

La brouille entre les élites politiques françaises et la Commission Européenne ne doit pas faire perdre de vue l’essentiel : l’Europe ressemble aujourd’hui plus à une maison de correction qu’à un territoire d’avenir.

A la suite de la ratification du Traité de Maastricht qui entérinera l’Union Monétaire, le président de la Commission Européenne de l’époque Jacques Delors expliquait qu’ils allaient se mettre au travail pour la construction de l’Europe Sociale. Vingt ans plus tard, la situation n’a malheureusement pas évolué.

Depuis dix ans qu’il dirige la Commission à l’idéologie ultralibérale, José Manuel Barroso aura réussi le tour de force de faire détester le projet européen dans son ensemble à quasiment tous les peuples européens.

Son départ l’an prochain sera-t-il l’occasion d’un nouveau départ pour le Vieux Continent ?



Inscrivez vous à notre newsletter

  • Facebook
  • Twitter

© 2023 Les Chroniques de Sorensen by Flow