Affaire Gérard Depardieu : le réflexe citoyen doit primer en temps de crise


Si François Hollande était un fruit, ce ne serait pas une fraise des bois mais une pêche ou un abricot. L’enveloppe est souple, la chaire tendre et malléable, mais au centre, il y a un gros noyau qui fait mal aux dents. Oui, Hollande est un tacticien, souvent fuyant parfois retors, préférant toujours contourner l’obstacle que l’affronter de face. Mais sur le fond, Hollande est aussi un monolithe de granit, très difficile à bouger. Rien ne lui va mieux que cet oxymore : un idéologue du centre gauche.

«On oublie toujours que François Hollande n’a jamais bougé de ligne politique pendant toute sa carrière. Ça n’a jamais été un pédalo, mais un paquebot», rappelle justement le député Olivier Faure, ancien collaborateur de l’ex-premier secrétaire du PS. Européen, à cheval sur le sérieux budgétaire, et convaincu du bien-fondé du libre-échange, Hollande sait depuis toujours que sa ligne sociale-démocrate a toujours été minoritaire au Parti socialiste. C’est pourtant bien le socle de la politique du gouvernement.

De l’Elysée à Matignon en passant par Bercy, toutes les personnes en charge d’arbitrer les grandes contraintes de la politique économique sont sur la même ligne. Au-delà du concert de couacs, le quatuor Hollande-Ayrault-Moscovici-Sapin joue, lui, pratiquement à l’unisson. Et pour le chef de l’Etat, il ne fait aucun doute qu’il y a qu’une seule politique possible : la sienne. Il l’a rappelé lors de sa conférence de presse, il «n’en changera pas».

Certes François Hollande et Pierre Moscovici ont bien écrit en 1991 un livre d’économie politique à tonalité néokeynésienne : l’Heure des choix. Mais pour Hollande, les conditions d’une politique de la relance de la demande (par l’augmentation des salaires ou la hausse des dépenses publiques) ne sont aujourd’hui pas du tout réunies. D’abord, pour s’affranchir d’une possible sanction des marchés financiers, qui serait très coûteuse si les taux d’intérêt se mettaient à remonter brusquement, le chef de l’Etat considère que le rétablissement des finances publiques est un préalable à tout. Ensuite, relancer l’activité en France au moment où nos principaux partenaires européens sont à l’arrêt, risque d’être totalement inefficace. D’autant que l’appareil productif français est, lui, dans un triste état. A l’Elysée et à Matignon, on tient exactement le même diagnostic : avant de penser à la demande, il faut absolument remettre sur pied l’industrie française. Sinon, toute politique en faveur du pouvoir d’achat se traduira par une hausse des importations et la dégradation du commerce extérieur.

Compromis. C’est la gageure politique de François Hollande : faire comprendre à son électorat que redonner des marges aux entreprises (via notamment les 20 milliards d’euros de son pacte de compétitivité) peut aussi être une politique de gauche. Puisqu’elle finira au bout du compte par avoir des effets sur le chômage. On conviendra que ce n’est pas très intuitif. Et donc pas très simple à vendre politiquement.

En revanche, en bon keynésien qu’il est, le chef de l’Etat est convaincu qu’une politique de relance, via l’investissement public, à l’échelle de l’Union européenne serait pour le coup très efficace. Mais là, il se heurte à une contrainte politique majeure : dans une Europe dominée par les conservateurs, la France socialiste est très minoritaire. Dans ses négociations avec Angela Merkel, Hollande a toujours préféré un mauvais compromis à un clash. C’était vrai pour le pacte de croissance, l’union bancaire ou le vote du budget européen. Cette «tension amicale» avec l’Allemagne est à la fois la contrainte et l’espoir de Hollande. Il ne peut pas faire sans elle. Pour espérer la rallier à sa croisade pour plus de croissance en Europe, il faut lui donner des gages. Et donc rester les deux pieds dans la même politique de sérieux budgétaire.


Tribune publiée le 26 décembre 2012 sur le site internet du Nouvel Observateur

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